mercredi 20 octobre 2010

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"Je suis allé à la bibliothèque municipale et j'ai lu le livre de Carl Rogers: Devenir une personne.J'ai trouvé le livre merdique mais je dois reconnaitre que Tom m'a comme rapproché le plus possible de ce que je croyais être la vérité.Je me méprisais et le monde avec parce que je n'avais pas réussi à affronter mes propres limites, et celles de la vie en général.

Alors, l'acceptation des limites contrariantes constituerait l'équilibre mental ou un comportement non déviant.

Le succès et l'échec sont simplement la satisfaction ou la frustration des désirs.Les désirs peuvent être soit intimes, une fonction de nos pulsions individuelles, soit extérieurs, stimulés de façon primaire par la publicité ou par les "rôles modèles" sociaux tels que nous les présentent les média et la culture populaire.Tom pressentait que ma conception du succès et de l'échec se constituait sur le plan individuel plutôt que sur un niveau social.
A cause de ce refus de reconnaitre ce qui revient à la société, le succès (et l'échec) ne pouvait être pour moi que des expériences éphémères puisque ces expériences n'étaient pas sanctionnées par les valeurs reconnues comme positives par la société: richesse, pouvoir, statut social, etc., ni même, en cas d'échec, stigmatisées par des reproches.Aussi, selon Tom, il est inutile de me dire que j'ai réussi à mes examens, ou que j'ai décroché un bon job, ou que je sors avec une belle caille ; ce genre de revendications n'a aucun sens pour moi. Bien sûr, je peux apprécier ce genre de choses, à l'occasion ou pour elles-mêmes mais leur valeur est quasiment nulle parce qu'elles ne sont pas reconnues par la société qui les évaluent. Ce que Tom essayait de dire,  je crois, est que je m'en contrefous. Pourquoi?

ça remonte à mon aliénation de la société. Le problème est que Tom refuse d'accepter mon point de vue; la société ne peut être changée et améliorée de manière significative. Ou que je ne peux changer assez pour m'en accommoder. Des affaires pareilles me provoquent une dépression et c'est de là que jaillit la rage. C'est ça la dépression, disent-ils. Quoi qu'il en soit, la dépression démotive aussi beaucoup. Un vide grandit en soi. La drogue remplit ce vide et elle aide aussi à satisfaire ce besoin que j'ai de me détruire. La rage est réduite en pièces encore une fois.

En fait, sur ce coup, je suis d'accord avec Tom au fond.Là où ça ne va plus, c'est quand il refuse de voir ce tableau dans tout ce qu'il a de décourageant. Il croit que je souffre d'une opinion de moi-même très dévalorisée et que je refuse de le reconnaitre en rejetant le blâme sur la société.  Il devine que ma manière de rejeter les récompenses et les louanges (et aussi les condamnations) que la société met à ma disposition n'est pas un rejet de ces valeurs en elles-mêmes mais le signe que je ne me sens pas assez bien (ou assez mal) pour les accepter. Plutôt que de me lever et dire: je ne crois pas avoir ces qualités (ou je crois que je vaux mieux que ça), je dis: de toutes manière, c'est de la merde.


[...]

La société invente une logique compliquée et fallacieuse pour absorber et transformer les gens dont le comportement dévie du général.Supposons que j'évalue tous les pour et les contre, que je sache que ma vie sera courte et que je sois sain d'esprit et tout mais que je veuille toujours me droguer? Ils ne te laisseront pas faire. Ils ne te laisseront pas faire parce que c'est le signe de leur propre échec. Le fait que tu choisisses de simplement rejeter ce qu'ils ont à t'offrir. Choisis-nous. Choisis la vie. Choisis les plans d'épargne-logement; choisis les machines à laver ; choisis les voitures ; choisis d'être dans un divan devant des programmes qui t'engourdissent la cervelle et émiettent ton esprit pendant que tu te bourres la bouche de saloperies. Choisis donc de partir en couilles, à l'hospice, baigné par ta pisse et trônant dans ta merde, embarrassant boulet aux pieds des morveux égoïstes que tu as mis au monde. Choisis de vivre.

Bien, disons que j'ai choisis de ne pas choisir la vie. Si ces connards ne peuvent pas assumer,  c'est leur problème. Comme disait Harry Lauder, j'ai juste l'intention de tenir le coup jusqu'au bout du chemin."

Trainspotting, Irvine Welsh

Cela n'a rien à voir avec mon état d'esprit, présentement. Pour le moment, je n'ai fait qu'effleurer ce genre de pensées.

ça reste cependant une vision juste du monde.

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